A Bruxelles comme à Rome, régionalisme plutôt que nationalisme.

A laise BreizhChaque époque, régime ou révolution a pu user des notions de régions ou de nations de la manière qui l’arrangeait le plus selon ses desseins ou selon la situation. Aujourd’hui, par exemple, on peut constater assez facilement combien et comment Bruxelles, avec derrière elle toute la clique de la bien-pensance, favorise le renforcement de l’idéologie régionaliste afin de prendre le pas sur les éventuelles visions nationalistes. En toutes choses l’UE déclare vouloir développer l’Europe des régions plutôt que l’Europe des nations, nations qu’elle dépossède d’ailleurs toujours plus de leurs pouvoirs et libertés de choix, cassant ainsi une grande part de l’identité européenne qui ne se base pas uniquement sur les régions mais bien évidemment sur une arborescence régions-pays-continent, ou encore région-nation-civilisation, où les trois sont importants. Détruire l’idée de nation détruit bien sûr le « potentiel nationaliste » d’un pays, tandis que favoriser la région efface un peu plus la notion de différenciation ethnique, tant elle est diffuse entre deux régions puisqu’il faut souvent des échelles de pays voire de continents afin de commencer à parler de différenciation franche.

On remarque bien l’influence de cette idéologie sur les expressions identitaires au sein de la population, où la région somme comme le dernier refuge de l’identitarisme : il est devenu normal, et même presque à la mode, de valoriser ses origines régionales, ultime expression identitaire d’un peuple qui n’a plus le droit de l’exprimer ni nationalement, ni ethniquement, ni en terme de civilisation et même parfois culturellement. Ainsi fleurissent les « A l’aise Breizh » à l’arrière des voitures et autres autocollants corses ou basques (il faut dire que ces régions possèdent encore une forte identité), et de même guadeloupéens ou autres. Il n’est pas rare du tout, au sein d’une conversation, de parler de ses origines régionales et de plaisanter à ce sujet, d’envoyer des piques à l’autre sur son identité régionale. Il faut dire qu’il s’agit pratiquement du seul domaine où il est encore possible de plaisanter – même lourdement – sans prendre le risque d’être taxé de racisme ou ses équivalents (non seulement on ne parle pas de nation ou d’ethnie en général mais on parle là d’aspects culturels franchouillards, ouverts à toutes les critiques), quoique se revendiquer un peu trop « purement » d’une région soit dangereux tout de même : de cette façon Nolwenn Leroy en a-t-elle fait les frais à la sortie de son album Bretonne, jugé par trop identitaire… Ainsi le besoin naturel de comparatisme entre les individus et les groupes d’individus peut-il encore un peu s’exprimer chez les français.

Buste-de-Jules-Cesar - Musee-departemental-Arles-antiqueLà où tout cela devient encore plus intéressant, c’est si on fait le parallèle avec l’histoire de la conquête de la Gaule par Rome. En effet, après un certain nombre d’événements guerriers ou diplomatiques avec les celtes de gaule, leurs voisins et les germains, César prend une option extrêmement efficace : par d’habiles jeux d’alliances, de flatteries, de récompenses ou autres titres plus ou moins honorifiques, César va tenter de diviser, une fois pour toutes, l’intégralité des peuples gaulois afin que cesse toute possibilité d’alliances proto-nationalistes entre peuples, alors que depuis des siècles les peuples gaulois étaient alliés ethniquement et culturellement sous une forme de proto-nation, en partie (mais pas seulement) grâce aux assemblées annuelles druidiques et diplomatiques en forêt des Carnutes. Le jeu de César passe aussi, comme pour nos régions actuellement, par le jeu de la fierté identitaire : il incite lourdement à se revendiquer de tel ou tel peuple, plutôt qu’en tant que Celtes comme ces peuples se présentaient naturellement face aux grecques anciens (Keltoï,…) ou en tant que Gaulois. Ainsi, comme le souligne Jean-Louis Brunaux dans son ouvrage Nos ancêtres les Gaulois, « Cette politique connut un succès inespéré puisque l’épigraphie funéraire montre que, très tôt, les édiles gaulois eurent à cœur, et avec une fierté évidente, de se présenter dans leur sépulture tantôt comme Rème, tantôt Lingon ou Picton mais jamais comme Gaulois ». Diviser pour mieux régner.

Tout ceci n’est pas sans me rappeler, entre autres, l’importante fierté bretonne très à la mode, un des lieux où la culture celte, jamais vraiment vaincue par les assauts de diverses colonisations, a le mieux traverser les âges. La Bretagne est d’ailleurs actuellement l’un des fers de lance de la « révolte » française. Peut-être ces résurgences identitaires, témoins d’un besoin naturel de l’Homme, finiront-elles finalement par perdre le système malgré tout ?

A.C.M

Camille Bernier - L'hiver en bretagne

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6 commentaires pour A Bruxelles comme à Rome, régionalisme plutôt que nationalisme.

  1. Anonyme dit :

    « pas de régions, une seule nation » c’était le mot d’ordre de la révolution face aux royalistes

    • C’est vrai, c’est d’ailleurs là une autre expression de la volonté de destruction d’une partie de l’identité, concernant les spécificités régionales datant de l’ancien régime, quitte à recréer exprès de nouvelles régions et de nouveaux départements républicains.

    • Czaradmin dit :

      Le mot d’ordre des Jacobins… c’est à dire des membres du Club Breton qui se sont installés dans ce couvent. Et aujourd’hui, les bécassines viennent nous chier une pendule en se plaignant d’une idéologie que leurs représentants d’alors ont directement imposée au reste du pays..

      • Ces jacobins, ce « club breton », n’étaient donc bien qu’un petit groupe de personnes, et non pas la Bretagne ni la France.

      • Erig Le Brun dit :

        Pardon, mais il semble raisonnable de vous faire savoir, que le « club breton » n’avait en rien pour mission de représenter la Bretagne, pas plus que les girondins ne représentaient la Gironde… Vous comprenez?
        Les bretons ont été traités par la révolution pour ce qu’ils étaient: des étrangers. Ils ont été la dupe de la France à double titre, car ils ont eu à remplir tous les devoirs des français sans jamais bénéficier des mêmes avantages. Premiers conscrits aux guerres, ils ont été massacrés dans les campagnes de Napoléon puis en 1870 (où on préféra les laisser mourir de faim et de dyssentrie à Conlie dans la Sarthe de peur qu’une fois armée ils ne prennent Paris), puis en 14 etc…

        Aujourd’hui leur PIB/hab est supérieur à celui de la France, parce qu’ils bossent, eux. Et parce qu’ils bossent on les taxe, et on leur prend en moyenne 41 fois en impôts ce que l’état central leur rend en investissements (chiffres de l’OCDE lissés sur vingt ans, rapport de 2012 consultable en ligne.)

        En bref, avant de chier à la gueule de leurs aïeux, veillez à respecter un peu des gens qui vous emmerdent moins que le musulman moyen, et par la même occasion à éviter de passer pour un inculte avec des phrases qui puent le type qui veut à tout prix faire de l’esprit, démontrant qu’il en a peu.

      • Erig Le Brun dit :

        J’ajoute que si l es bretons avaient été jacobins comme votre raccourci débile le laisse entendre, ils auraient été moins guillotinés, moins fusillés dans les chemins, moins noyés dans la Loire par Carrier. Ils n’auraient donné ni Charette de la Contrie (breton car du Pays de Retz et non pas vendéen comme on le laisse accroire), ni Kadoudal, ni Armand Tuffin de la Rouërie, ni le Roi de Bignan, ni mon aïeul Loeiz Théobalde Le Brun de La Bouëxière, exterminé entre Redon et Saint Nicolas à la tête d’une troupe de paysans qui le voulait pour général.

        Les bretons qui sont aujourd’hui dans la rue pour se défendre contre VOTRE gouvernement qui les pille, ont un peu plus de pendeloques que vous. Ils sont déjà quatre à payer de leur liberté leur pourtant justes revendications. Si vous souhaitez vraiment les traiter de Bécassines, venez les attendre à la sortie de la maison d’arrêt, qu’on voit si vos couilles sont à la hauteur de votre esprit.

        Serr da veg, genou tartez. Ha ma revr evit d’ar ch’allaoued!

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