Et l’Europe adopta l’identité chrétienne…

Chapelle Le Theil de Bretagne

 Certaines franges des droites nationalistes ou des identitaires rejettent de fait l’aspect chrétien de la France et de l’Europe, ou sinon le relèguent à un simple apport non seulement extérieur (étranger) mais aussi tardif (à l’échelle de l’ancienneté de nos racines païennes), à l’instar de Dominique Venner. Le christianisme a 2000 ans et la France est devenue « fille aînée de l’église » il y a environ 1500 ans (quoiqu’il y eût des chrétiens déjà bien auparavant). Cela peut sembler aussi énorme par rapport à la partie moderne de l’histoire que court par rapport aux six ou sept millénaires des indo-européens ou aux 35.000 ans de Cro-Magnon, notre ancêtre direct, il est vrai. Cela peut aussi sembler être un apport identitaire étranger, argument qu’utilise d’ailleurs parfois le bien-pensant pour nous parler de l’éternité du métissage, ouvrant la voie à une légitimité de l’islam, c’est aussi vrai. La question est pourtant à la fois plus simple et plus subtile que cela, et nous parle d’une Europe qui adopte le christianisme comme quelque chose de compatible qu’il ne reste plus qu’à ajuster et qui ne prend pas plus de place qu’un simple message à l’aspect universel. Elle l’adopte et l’adapte. Certains iront peut-être jusqu’à dire que l’Europe, plus que se transformer, se transcende à son contact. Elle devient même son bastion, sa forteresse et sa protectrice durant des siècles. Et bientôt l’église chrétienne d’Europe inspire et expire une identité purement européenne, qui rayonnera au-delà du flamboyant des vitraux des cathédrales.

Un simple message transmis, et non pas des populations conquérantes

Rembrandt - ChristLe christianisme n’est certes pas né sur un quelconque territoire de la vieille Europe. Il nous vient en effet du Moyen-Orient. C’est sur ce point que certains identitaires voient rouge tandis que certains métisseurs voient rose. Pourtant, qu’est-ce que le christianisme, au fond ? Juste un message, et un message qui se veut universel, sans contrainte à priori, et qui ne souffre pas outre mesure de la compatibilité avec la culture et les meurs de celui qui l’accueille (dans une certaine mesure). Un message que les Européens se sentent d’accueillir. Quelque chose fait-il qu’ils sont plus ouverts à ce message, outre les populations sur lesquelles il fut parfois imposé ? Difficile à dire.

Voilà bien en tous cas des points d’opposition avec l’arrivée de l’islam en Europe. Le christianisme est arrivé lentement grâce à la transmission de la parole, d’une révélation, d’une simple Bonne nouvelle. L’islam qui s’en vient, lui, arrive avec les hommes. Le message arrive avec son armée de porteurs de vérités. Impassibles au changement, à l’adaptation, à la remise en question. Si l’islam, qui a plus de 1400 ans, avait parlé aux Européens comme le christianisme les a jadis inspirés, il y aurait peut-être longtemps que l’Europe conterait l’islam dans ses fondations culturelles. Or il n’en est rien, et partout où l’islam s’est installé c’est avec les hommes qui l’ont apporté, par la force du nombre (et souvent des armes). L’islam, différent jusqu’à la pointe des racines et incluant un système social et politique propre, arrive dépourvu de toute compatibilité (et même en opposition) avec la société, la culture et la tradition européenne (païenne comme chrétienne). Il ne se convertit pas, ne se métisse pas, ne s’adapte pas : soit il force l’autre à abandonner ce qui le constitue pour embrasser l’islam soit, au mieux, il prend une partie du domaine spatio-temporel et culturel qu’il revendique.

Notre-Dame_rosaceLa manière dont l’Europe a adopté le message chrétien démontre plus encore ce phénomène. Car le christianisme, sans perdre trop de sa substance, s’est adapté à chaque identité européenne. Ou plutôt chaque identité européenne a adapté le message chrétien selon ses particularismes. C’est toujours le christianisme, en effet, lors d’une cérémonie orthodoxe où les chants semblent devoir se porter par-delà l’infini des plaines de la Russie. C’est toujours le christianisme, là aussi, dans la fraîcheur tranquille d’une petite église bretonne dont l’écho de l’angélus se perd dans les éléments déchaînés. C’est toujours le christianisme là encore dans la chaleur colorée d’une église espagnole ou sous la douceur d’une chapelle vénitienne. C’est toujours le christianisme dans la pâle pureté d’une église de montagne bavaroise aussi bien que dans la grandeur sublime d’un air mystique emplissant une cathédrale britannique.

De même, tous les écrins artistiques de l’Europe accueillent le christianisme avec leur identité. L’invention de l’art roman et de la flamboyance de l’art gothique et ses vitraux de lumière, l’architecture et le décor des églises sous toutes les latitudes, la puissance des chefs d’œuvres de la chapelle Sixtine, les sommets divins atteints par la mélodie d’un aria ou d’un requiem, la puissance figurative des peintures ou le ciselé d’une statue, alors même que la représentation en dehors des icônes n’était pas toujours permise, démontrant là aussi l’adaptation à l’univers européen et à son besoin de figuration… Tout cela est totalement, viscéralement européen. Un aspect fondamental de son identité. Jusqu’au Christ généralement représenté comme un blanc aux yeux bleus, image que l’on sait un peu fausse mais qui démontre l’aspect adaptable d’un message avant tout universel et que chacun a cru devoir faire ressembler à ce qu’il connait.

Au-delà de cela, le christianisme a aussi su réadapter les anciennes fêtes païennes. Noël, par exemple, qui fête la naissance du Christ et le renouveau de la lumière fut placé exprès à la même date que Yule que les Celtes, Germains et Scandinaves utilisaient pour fêter le renouveau de la lumière grâce, déjà, aux différents symboles de noël (épicéa, décorations, cadeaux, couronnes, houx, bûche,…). De même, entre autres, pour la Toussaint et sa fête des morts, située à la même date que l’immémoriale célébration Celte des morts…

Gargouille chimère« Le christianisme à Rome adopta et intégra une grande partie du système de l’ancien culte impérial ainsi que ses fêtes qui prirent toutes des couleurs plus ou moins chrétiennes. » (Arthur Beugnot)

De manière plus théorique, on constate aussi que le christianisme a su parfaitement s’intégrer dans le système tripartite indoeuropéen régissant la société en la divisant en trois pouvoirs : ceux qui prient (qui sont aussi les intellectuels et théologiens), ceux qui font la guerre (qui sont aussi le pouvoir royal et la noblesse d’épée) et ceux qui produisent (production des ressources, artisanat et symbolique de la fécondité en général). Système qui ne sera chamboulé qu’avec la révolution française.

Un changement tout de même fait dans une relative douleur…

Sainte-Sophie-mosaiqueL’adoption du christianisme n’a tout de même pas toujours été un long fleuve tranquille. Ce changement a quelques fois fait des dégâts : à Rome, par exemple, une partie de l’identité dépendait forcément de l’ancienne religion païenne, et l’on sait grâce à quelques auteurs antiques combien ce bouleversement culturel pouvait plonger une partie du peuple dans la tourmente, peuple qui pouvait d’ailleurs compter ce phénomène comme un des symptômes de la chute de l’empire. Certains priaient encore les idoles en tapinois après que Constantin ait rendu le christianisme officiel et interdit l’ancien culte, bien qu’il s’agissait là plus d’une résurgence folklorique. Et même là où le changement a pu se faire plus en douceur peut-être a-t-il fallu tout de même passer par quelques phases d’abandon d’une partie de soi ou de renoncement. Le changement qui se prépare aujourd’hui est pourtant probablement un millier de fois plus sauvage et plus douloureux tant il implique, s’il se réalise, de réviser la société et l’identité ethnoculturelle européennes jusque dans leurs fondements.

Rejeter une part de notre identité nous affaiblit…

C’est pour ces raisons, entre autres, que l’identitaire anti-chrétien comme le bien-pensant métisseur se fourvoient dans le rejet de l’identité chrétienne de l’Europe par crainte/espoir de légitimer l’arrivée de l’islam. La manière dont le christianisme fut adopté et adapté n’a rien à voir avec l’arrivée actuelle de l’islam. Il est aussi probablement dangereux de rejeter d’un geste toute une frange de notre identité. Le vide spirituel ainsi laissé offre un boulevard aux autres identités religieuses, surtout si celles-ci sont un tant soit peu conquérantes, sachant qu’elles apportent potentiellement avec elles de nombreux aspects ethnoculturels remplaçant ceux des autochtones.

Si bien-sûr il y eut des étincelles, l’âme de l’Europe et le christianisme s’épousèrent pourtant comme un homme prend un jour une femme pour épouse. Ils se transfigurèrent mais ne se changèrent pas au-delà du fait qu’ils grandirent ensemble, tout comme l’homme gagne en maturité au contact de sa moitié sans renoncer à ce qu’il est. L’Europe et le christianisme étaient faits pour s’entendre. Ensemble ils bâtirent le foyer charnel ethnoculturel que l’on sait. Imaginez un instant, en comparaison, les dégâts qu’occasionneraient l’arrivée de cette concurrente maligne, profitant de ce que l’européen délaisse aujourd’hui sa compagne spirituelle, et le remplacement par cette identité religieuse qui profite de la faiblesse d’un des partis pour le remplacer subtilement et brimer ensuite celui qui reste…

Je ne suis moi-même ni croyant, ni pratiquant, et mets très souvent en avant des racines pré-chrétiennes trop souvent oubliées. Je ne suis qu’un chrétien de culture et de racines… Mais ô combien suis-je triste pourtant d’assister à ce chagrin d’amour continental sans pouvoir le consoler, et ô combien écœuré d’entrevoir déjà les convoitises d’un islam farouche et conquérant…

A.C.M

La Pieta - Michel Ange - 1499

La Pietà – Michel Ange – 1499

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13 commentaires pour Et l’Europe adopta l’identité chrétienne…

  1. Chilbaric dit :

    La religion, c’est comme l’armée. Il y en a toujours une chez soi, alors autant que ce soit la sienne plutôt que celle des autres. .Si vous regardez le commencement de l’histoire, vous verrez que l’Islam s’est engouffré dans les fractures du christianisme, et en l’espèce dans les zones frappées par l’arianisme (qui nie la divinité du christianisme).
    Le christianisme est une religion fragile, « mystérieuse », ce que n’est pas l’islam. Et l’Europe fut le château fort du christianisme, la gardienne de ce trésor. Vu que le christianisme est maintenant présent dans le monde entier, dira-t-on que le destin de l’europe est consommé ?

    PS : juste un détail. L’expression originelle est fils aîné de l’Eglise et s’applique au roi de france. l’Eglise n’engendre pas de nations, et l’expression fille aînée de l’eglise fait partie de la manœuvre de ralliement à la république au XIXe. Et outre que l’expression était ainsi falsifiée, elle était même très injuste, vu que le christianisme était en Gaule bien avant les Francs.
    .

  2. Identitas dit :

    D’un point de vue politique, j’ai l’impression que les Croisades ont été une lutte pour le contrôle de la Méditerranée après la chute de l’Empire romain qui assurait son contrôle. Une lutte entre catholiques et musulmans. Ensuite, la religion a été le catalyseur, l’instrument, un lieu d’expression qui a permis de donner un sens à la vie des gens des sociétés européennes, par la création artistique, la transmission du savoir, la création de solidarités entre peuples européens, etc.

    • Identitas dit :

      Ceci dit, si les Églises se vident, il faut trouver un nouvel espace d’expression où on pourra encore une fois rassembler tout ce qui peut créer une solidarité. Dans l’ère contemporaine, les partis politiques sont devenus ces nouveaux espaces. Mais je crois que nous devons faire de la « méta-politique » et s’ingérer dans tout ce qui est production culturelle, commerce, etc.

      Présentement, c’est exactement ce que la régime multiculturaliste accompli avec succès : même pas besoin de partis politiques pour diffuser les idées hostiles. Les agences de publicité, le cinéma, les universitaires s’en chargent à merveille.

      • En effet, le régime multiculturaliste de la bien-pensance et ses armées possèdent bien des aspects d’une sorte de religion, ou plutôt d’un culte, obligatoire et stigmatisant.

        • Chilbaric dit :

          Cette franc-maçonnerie est bien une religion, dont le rite essentiel consiste à …; détruire toute (autre) religion …
          C’est bien du satanisme pur et simple, lequel consiste, comme on le sait dans l’inversion des symboles religieux. Ainsi Marianne, déesse de la stérilité temporelle et spirituelle, est bien (volontairement ou non) l’inversion de Anne et de Marie, la grand-mère et la mère du Christ, double symbole d’une suprême fécondité terrestre et céleste (selon l’histoire sainte).
          Louis XIIII avait solennellement voué la France à Marie, donc à la Vie ; la « république » l’a voué à Marianne, donc à la Mort.
          http://retromigration.wordpress.com/2013/09/06/issus-de-limmigration/

  3. Merci pour ces bonnes infos ! Longue vie à ton blog !
    Lorene Agency http://www.loreneagency.com/

  4. Elias dit :

    Texte lucide et joliment troussé. Par contre, je lis une contradiction dans le fait que tu déplores profondément ce qui advient c’est-à-dire la dépossession d’une immense part de notre identité – pour ne pas dire l’essentiel puisque le christianisme a été disons le l’âme de la France – et que pourtant tu ne crois pas en Jésus Christ.

    • Merci pour votre commentaire. Oui, vous avez raison, je n’ai pas la foi, et celle-ci ne « tombe pas du ciel » sur commande. Cela ne m’empêche en rien d’être profondément marqué, au moins, par la culture et le message chrétiens qui eux, imprègnent un peu toutes choses en Europe, y compris moi-même, et se retrouvent inconsciemment en certains de mes actes et de mes pensées. 😉

      • Elias dit :

        En tous cas, ce dont il faut avoir bien conscience c’est que notre belle France meure de la disparition de la foi en Dieu, et une société qui n’est plus irriguée par celle-ci perd alors une à une toutes ses défenses immunitaires, se fait la proie inexorable du mensonge et devient donc l’esclave des idoles qu’elle s’invente.

  5. Ping : Petit dictionnaire de l’identité | L'Identitaire

  6. Un païen dit :

    Que voilà un point de vue très irénique sur la conquête de l’Europe par le christianisme…qui oublie la très sainte inquisition et minore les persécutions envers le paganisme qu’il fallait extirper à toute force, la destruction des lieux saints de celui ci, et la construction d’églises en leur place…
    Le christianisme restera à jamais pour moi une religion de mort, exaltant la soumission et privant les gentils de toute leurs forces originelles, les déconnectant de la Nature et de ses cycles immuables, les privant de leur magie ancestrale et de leurs pouvoirs occultes, criminalisés par l’église comme diaboliques. Méditez un moment sur cette citation attribuée à l’Empereur Julien, dit l’apostat : « Si nous laissons le christianisme triompher, dans 2000 ans, le monde sera juif ».
    Le monothéisme est, de mon point de vue, une arnaque, un piège, poussant les goyims à se déconnecter de leur spiritualité originelle pour prier le dieu des juifs.
    Car dieu (sans majuscule, il ne la mérite certes pas) est bien le dieu des juifs, et non celui de tous les hommes. Quand un chrétien adresse une prière à notre père, c’est à Yahvé qu’il l’adresse…
    De mon point de vue, cette religion est un programme à long terme d’asservissement et de contrôle des goyim, et seul le retour au paganisme pourra nous délivrer de ce carcan infâme qui nous fait nous soumettre au dieu des juifs. Relisez l’ancien testament et vous y verrez la nature réelle de ce dieu à qui, à travers l’image de jésus, les européens continuent béatement d’adresser leur dévotion.
    Je ne suis pas un agneau ni une brebis, je n’ai pas besoin d’un « bon berger » qui me mènera, dans le meilleur des cas, à la tonte ou à la traite, et dans le pire des cas à l’abattoir…
    Cordialement,
    Un païen

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