Il faut voyager, toujours, puis revenir à tire-d’aile.

Toscane - Val d'Orcia Un identitaire, en théorie, ne saurait faire autrement que de voyager. Pour de vrai, si possible (et en évitant la case tourisme), mais sinon à travers les livres, les encyclopédies, les carnets,… N’importe quoi qui puisse ouvrir à ce qui existe ailleurs et à plus de compréhension du monde et des autres, de leurs différences, de leurs particularités.

Car le seul moyen de théoriser l’identité en général, c’est d’en étudier ses différentes expressions. Par-là, on comprendra ce qu’est réellement l’identité pour l’Homme et l’importance vitale qu’elle revêt pour celui-ci à travers ses racines, ses coutumes, son art de vivre et de créer, son architecture, son traitement de la femme, sa littérature, ses aspects ethnico-religieux, etc. Et par là, finalement, en mettant les choses en parallèle, en comparaison ou en opposition comme l’Homme a besoin de le faire en toute chose, comprendre sa propre identité par rapport à celle des autres, ce qui la différencie et ce qui lui est spécifique. Cela amènera souvent de fait à la volonté de protéger les identités en péril et, chez l’identitaire ou simplement chez l’Homme logique (et non pas chez le relativiste mondialiste gauchiste ou capitaliste) à considérer sa propre identité et à désirer la protéger, une fois qu’il a compris, par comparaison avec l’autre, que quelque chose d’autre que de l’aléatoire le constituait. Quelque chose de bien spécifique et de véritablement palpable, au contraire, et qui remonte au fond des âges.

Il faut non seulement savoir voyager à travers l’espace mais aussi à travers le temps, parcourir l’Histoire. Comment comprendre vraiment ce qui est sans connaître jamais ce qui fut ? Comment concevoir un Homme, un peuple, une identité, sans savoir quelles furent les briques héritables de son passé, celles-là même qui le constituent et le définissent en arrière-plan, le portent au présent et le transportent dans l’avenir ?

Toscane

Voyager, de plus, durant de longs séjours d’immersion de préférence comme on le faisait au XVIIIème siècle pour forger la jeunesse, satisfait non seulement les volontés impérieuses d’exotisme et de découverte (de « changer d’air ») mais aussi et surtout génère, à la grande surprise de beaucoup qui chez eux ne tenaient plus en place, un manque important pour le monde dans et avec lequel ils ont grandi, et une volonté chaque jour plus féroce de retour au bercail. De retrouver leurs repères, le monde que non seulement ils connaissent mais aussi qu’ils comprennent, qui les rassure et avec lequel ils progressent. C’est ainsi que naquit le fameux poème de Joachim du Bellay titré « Les Regrets » lorsque, armé d’une farouche envie de voir si l’herbe ne serait pas plus verte ailleurs, le poète part quatre ans entre 1553 et 1557 pour cette Italie qui le fait tant rêver. Notez comment aujourd’hui, pareils à quelques bien-pensants, on ne retient plus que le premier vers alors même que le reste est le plus important :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison,
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ?

Plus me plait le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine,

Plus mon Loire Gaulois, que le Tibre Latin,
Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur Angevine.

L’identitarisme sincère suppose voire impose le voyage, l’ouverture et la rencontre avec l’ailleurs afin d’améliorer sa compréhension de ce qu’est l’identité pour l’Homme mais aussi de mieux se définir et se défendre lui-même ensuite, comme ces autres peuples qui en ont le droit et le font justement si bien. Voilà comment Claude Lévi-Strauss est à l’époque arrivé exactement à ces conclusions au sujet des Hommes, après avoir traversé et écouté le monde, au grand désarroi des bien-pensants post-Lumières de l’UNESCO. Ainsi armé de la connaissance, l’identitaire peut, en toute légitimité et sachant aussi protéger l’exception,  lever son bouclier blasonné à la face de ce qu’il jugera être un péril pour son identité.

Si ça ne vous semble pas être identitaire, alors vous n’avez rien compris.

A.C.M

Toscane 2

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2 commentaires pour Il faut voyager, toujours, puis revenir à tire-d’aile.

  1. Astérix , Obelix et tous ceux qui les accompagnent lors de leurs périples sont aussi des Identitaires.
    Ils voyagent, s’intéressent aux Cultures qu’ils rencontrent et puis, dès que possible, rentrent chez eux pour retrouver leur petit village Gaulois qui résiste, leurs amis ( ceux qui sont restés et qui leurs ressemblent) et racontent leur épopée lors d’un banquet animé.

    Sources: Astérix aux Jeux Olympiques / Astérix et Cléopatre / Astérix en Helvétie / Etc

  2. Chilbaric dit :

    « Plus mon Loire Gaulois, que le Tibre Latin,
    Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin »

    J’avais fini par imaginer que c’était « petit Liret » (et que le poète parlait ainsi d’une petite rivière), et vous-mêmes avez écrit Lyré, alors que c’est Liré (le nom de son village).

    C’est ça la Poésie. On imagine bien ce qu’on veut, comme cela nous chante.

    Et les beaux voyages aussi, qui « dépaysent », et font souvent vibrer en nous quelque Lyre (n’est-ce pas ?), d’autres résonances.

    L’impression de mes « beaux voyages » à moi, ce fut toujours la liberté. Comme si le Monde m’appartenait, et que tout devenait possible..Avec une sensation euphorique d’identité, mais purement personnelle. Et je dirais pas que je me suis senti particulièrement plus Français,ou de telle région, après ces beaux voyages, mais simplement plus moi-même.

    Je jette ça en vrac, mais en y regardant de plus près, cela implique que nous ne sommes pas des végétaux, mais bien des animaux. Ces pays que nous disons nôtres, ne sont pas nôtres en soi. Ils sont par notre volonté de les faire/garder nôtres … ou parfois, de ne pas les quitter, « pour vivre entre ses parents, le reste de son age »;

    J’aime mon/mes pays (au sens strict de pagus), mais pas plus que les autres pays que j’ai pu aimé, au fond. Mais si je peux « me battre » pour lui, c’est que c’est celui « de mon héritage », celui de mes ancêtres. Conserver ce pays est plus une question de fierté ancestrale (toutes choses égales par ailleurs) qu’autre chose. C’est comme « ma tanière » : je l’aime assurément, mais c’est surtout comme refuge que je le ressent spécifiquement. (j’ai/ma famille a marqué son/mon territoire, comme un animal)

    Voilà ce que suggère votre article, que j’avais lu dès sa parution, mais auquel je n’avais pas eu le temps de bien répondre (à part l’orthographe de Lyré/Liret/Liré).

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