Laisser l’enfant choisir sa religion ?

Laisser l’enfant « choisir » sa religion.

C’est la mode.

Enfant lit Coran 3Enfin… chez les occidentaux seulement, bien-sûr. A qui d’autre cela viendrait-il à l’idée ? Les autres cultures poursuivent en effet leur logique naturelle de transmission. Mais dans la logique de continuité de la liberté individuelle occidentale révolutionnaire, le nouvel arrivant au monde doit choisir ses cartes, seul. Et la plupart du temps il ne choisit rien. Pas d’attaches, jamais d’attaches. Donc jamais de racines non plus. Non plus bien-sûr de transmission. Et à force donc, plus d’identité particulière, ni donc de peuple précis. Encore et toujours le glissement vers le relativisme et la soupe indistincte d’individus mondialisés.

Deux méthodes pour laisser l’individu libre du choix de sa religion :

Pour laisser l’individu vraiment libre de ses choix en matière de religion, deux méthodes s’offrent aux parents : ne rien inculquer à l’enfant, ne rien transmettre, de sa propre religion ou de sa propre culture religieuse, si l’on en a une (ce qui est encore le cas d’une majorité de gens). Laisser donc l’individu nu afin qu’il se trouve puis se choisisse lui-même des vêtements spirituels, n’importe lesquels, puisque tout est relatif. L’autre méthode, c’est d’inculquer, à l’inverse, tout ce qu’il est possible de savoir sur toutes les religions, quelles qu’elles soient (même et surtout si c’est en opposition avec sa propre culture/religion d’origine), en le faisant soi-même ou en en laissant le soin à l’éducation nationale et aux sources d’information. L’individu dispose là aussi d’une garde-robe, tout aussi relative, mais en étant plus éclairé cette fois. Il devra cependant faire un choix précis (qu’il s’agisse d’une religion ou de rien), car ça ne se fait pas encore de mélanger les fois et les traditions religieuses…

Choix plutôt que foi, la consommation toujours

On notera bien l’incompatibilité apparente entre choix et foi. La foi, soit ça se transmet petit à petit, soit ça se trouve soudainement, soit ça se mûri petit à petit à l’aide d’un travail personnel. Si l’on peut un peu choisir d’accepter un message, une tradition et une révélation après un questionnement et un travail sur soi sérieux, en rien ça n’est un choix soudain comme on choisit un candidat pour la première fois que l’on a le droit de voter ou une voiture lorsqu’on peut enfin en acheter une. On a la foi ou pas en dieu, ou alors on a des doutes, etc., mais ça, c’est personnel et profond. On est loin d’un choix « folklorique » ou consommable.

La religion c’est aussi une notion de culture et de valeurs morales

La religion, dans un pays ou une civilisation, n’est pas que l’expression d’une foi pure et simple. Elle est aussi un des socles qui véhiculent une part de la culture et de la morale. Une part importante. Peu de gens se rendent compte à quel point notre civilisation européenne est empreinte en toutes choses de la culture chrétienne (avec en arrière-plan la culture païenne). Beaucoup de nos implicites et explicites généraux et moins généraux, laïcs ou non, sont issus de la morale chrétienne. Une très grande part de notre histoire et de notre culture, de nos connaissances, de nos modes de vie, de nos traditions et de notre folklore, de notre langue, etc., sont de même empreints voire constitués de culture chrétienne. Priver l’enfant de cette connaissance ou le forcer à en intégrer des différentes que l’on aura jugé aussi importantes que la sienne c’est le priver de la culture de sa propre origine et de la compréhension de celle-ci, et donc de lui-même et du monde dans lequel il évolue.

La culture et la morale sont propres au milieu dans lequel naît l’enfant

L’enfant ne choisit effectivement ni où ni de qui il naît. Le français qui naît de parents français naît donc en France et avec des origines françaises. Or, il ne naît ni n’hérite donc pas d’une feuille blanche ou d’une soupe relative mais bien d’une culture précise et particulière. Il naît de et dans cette culture, de et dans cette civilisation. Quoi de plus logique alors de lui enseigner avant tout ce qui correspond à ce qu’il est, à ce dont il hérite et à ce qu’il aura à transmettre ?

C’est pourtant ce que l’on supprime par cette volonté de choix libre laissé à l’enfant puisque, comme dit précédemment, pour que ce principe soit réalisable, il faut soit ne plus rien lui enseigner à ce sujet afin qu’il soit une feuille blanche, soit tout lui enseigner sur un pied d’égalité, ce qui efface presque autant ses origines parmi le reste. Par ce biais, on détruit un peu plus la transmission. On supprime encore un peu plus d’attaches, afin de gommer ce « déterminisme » inné-acquis. Pour forger l’individu libre des lumières, en effet, il faut supprimer toutes attaches historiques, héritables, identitaires, etc., afin de bâtir un individu entièrement libre de choisir et de rebattre les cartes. Relativisme plutôt que déterminisme.

Ce « déterminisme » pourtant, est un besoin constitutif de l’Homme. A travers le besoin naturel et évident de transmission et de continuité, certes, mais aussi et surtout pour l’individu qui va naître au monde et va, nécessairement, avoir besoin d’un bagage afin de savoir où et qui il est, comment il se situe dans et par rapport au monde, et ainsi pouvoir évoluer à son aise dans ce monde si complexe. L’individu à qui, au contraire, on ôte toute traces de constitutions identitaires se cherchera sans cesse (à l’instar de beaucoup de métis) et tentera toujours de combler un certain vide relatif, surtout qu’il aura en face de lui des individus construits et solides à qui il ne serait pas venu à l’idée de s’auto-relativiser ou de se flouter.

Un choix impossible, difficile ou absurde

Le jeune enfant, une fois en âge de « choisir », se verra face à un choix impossible ou alors vraiment difficile, sinon absurde et apparemment inutile.

Comment l’enfant-individu en question pourrait-il sincèrement choisir quelque chose si on ne lui a rien transmis ? Peser le pour et le contre s’il n’a été formé à rien ? Comment, surtout, aurait-il pu s’attacher à quelque chose en particulier plutôt qu’à rien de spécial si ses parents ou l’éducation lui ont seriné que rien n’était « à lui » et que tout se valait et était relatif ? Et si de plus, à ce dessein, on l’a toujours éloigné de la foi naturelle pour une foi commerciale consommable ?

Et de même pourquoi choisir une religion par-dessus une absence de foi ? Ça n’arrive pas et c’est absurde. Et, si l’on a juste la foi dans l’existence d’un dieu quelconque possible, pourquoi choisir une religion plutôt qu’une autre ? Ça a peu de raisons d’arriver et lorsque cela arrive, ça peut sembler un peu étrange. Il reste ceux qui seront pris personnellement et sincèrement par la foi dans une religion établie, comme par exemple par la foi dans le christianisme, ou autre chose… Mais le phénomène arrive bien peu fréquemment aujourd’hui, voire pratiquement plus.

Et puis il y a tous ceux, de plus en plus nombreux, qui choisiront l’Islam pour faire comme les copains ou pour se soumettre.

Encore quelque chose en moins de la culture autochtone

Il serait logique, s’il fallait absolument choisir, de choisir la religion de ses parents/ancêtres, soit pour ne froisser personne, soit pour ressembler tant que possible à ses contemporains. Mais comme il n’y a pas spécialement à choisir, le plus probable dans tout ça, c’est que sans le goût donné à quelque chose en particulier et sans la foi reçue ou trouvée, il n’y a rien qu’on ait envie de choisir.

Le résultat c’est que la plupart du temps, dans cette situation, il n’y a aucun choix possible ou désiré. Et ainsi la culture autochtone dispose-t-elle d’un outil supplémentaire pour ne pas se perpétuer…

A.C.M

Croix celtique 2

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3 commentaires pour Laisser l’enfant choisir sa religion ?

  1. Chilbaric dit :

    C’est à peu près la même chose que de prétendre apprendre sa première langue à un enfant au moment de l’adolescence. Les cas d’enfants sauvages ont prouvé que c’était impossible : « ça n’imprime plus ». Ce sens particulier est comme « rabougri », faute d’avoit été développé au bon moment.
    Le sacré est, lui aussi, une sorte de langue vers une autre dimension, et lorsqu’on ne l’a pas acquis à un certain âge, il est probable qu’on ne l’acquierera jamais.
    Et si l’on trouve tant de gens qui, au début du christianisme, se convertissent à l’age adulte, c’est simplement qu’ils avaient déjà le sens du sacré avant ! Pour les juifs, c’est évident puisque c’était le même, pour les grecs c’était un autre mais un « sacré gout du sacré » quand même, etc .. Seuls les romains étaient assez réticents (entre autres à cause du danger politique qu’ils y voyaient), mais certes pas les celtes, (ni les germains).
    On rajoutera à tout ça que si un homme et une femme (et telle est d’ailleurs la difficulté des marriages religieux mixtes qui contiennent souvent des réserves sur cette question) pensent qu’ils ont ensemble connu une voie pour une destinée surnaturelle, il faudrait qu’il soit bien dénaturés pour ne pas la montrer à leur enfant ! Et la seule manière de la lui montrer, c’est de le faire marcher dessus.
    Du reste,c’est une grave faute ( un péche de chez péché) pour des parents chrétiens que ne pas baptiser leurs enfants ou encore sans leur délivrer en suivant (les parains soutenant aussi cette promesse) l’initiation chrétienne.
    On peut dire aussi : « tous les chemins mènent à Rome » , sauf que, pour aller à Rome, il faut en prendre au moins un ! Et qui d’autres en montrerait un à l’enfant,sinon ceux qui l’on déjà pris et qui ont en charge son éducation !

    Quand à la question de la « religion des ancètres », il faut effectivement une grande raison personnelle de la changer pour soi-même, à savoir justement une révélation irrésistible qui vous bouleverse. Par contre, celui qui n’a pas une telle révélation, et qui n’est peut être même pas sensible à la religion de ces ancètres, ne peut pas se proposer moralement de l’anéantir !
    Telle est bien la raison du maintien de la religion romaine. Nombreux était ceux qui n’y croyaient pas (du moins la religion officielle du capitole), mais aucun n’aurrait songer à la démolir ne serait-ce que par respect pour ses ancètres !
    C’est à ce point que – anedcote révélatrice – alors même que le christianisme était devenu la religion officielle de l’empire romain, il y avait encore une déesse victoire au milieu du sénat, et la grande question des sénateurs était : est-ce qu’on l’enlève ou pas ? (et ils l’enlevèrent sur ordre, mais en gromellant)
    Ainsi, cette haine du christianisme répandue en France comme nulle part ailleurs en Europe, n’est pas un amour pour une autre cause sacrée, mais bien l’expression d’une haine pure et simple pour ses ancètres, tous autand qu’ils sont …

  2. Chilbaric dit :

    Il y aussi une autre chose qui me tient à coeur de parler.
    On pourrait justement écarter le christianisme au motif, célèbre dans notre « clan », que c’est une religion venue d’ailleurs.
    A celà, j’ai simplement deux expériences à opposer.
    Quand la norvégienne Sigrid Undset , luthérienne à sa naissance comme tous ses compatriotes, s’est convertie au catholicisme, elle a dit un truc comme « j »ai retrouvé la foi de mes ancètres » Et quand des anglicans font de même aujourd’hui (entre autres, suite aux ordinations de femmes), ils ne disent pas autre chose.
    C’est que, contrairement à ce que l’on raconte, cette religion s’est répandue en Europe comme une trainée de poudre. Bien loin de trahir leurs ancètres, ceux qui se convertissaient ressentaient cette conversion comme l’aboutissement d’un cheminement dont ils était une maille. Dans la conversion de Snorri Sturluson l’Islandais au Christianisme, il n’y a absolument rien d’un quelconque mépris de ses ancètres ou de leurs croyances : au contraire, c’est lui qui les a consignées par écrit pour la première fois. Et pour les Celtes d’Irlande, c’est exactement la même chose. Dans ce cas, Saint Patrick a même fait très fort : il a choisi ses premiers évêques parmi les druides ! Ce ne furent pas, d’ailleurs les meilleurs successeurs des apotres , mais Patrick comptait sur les moines « pour faire le boulot », et ils firent. Ils le firent si bien que, lorsque au VIe siècle, il a fallut rechristianisé la France (suite à l’arianisme) et surtout faire sortir le christianisme de la ville pour pénétrer les campagnes, les Mérovingiens firent appel aux moines Irlandais.
    Tout cela pour dire que lorsque je vois des Odinistes (ou autres, peu importe) rejetter le christianisme parce qu’il n’est pas natif, et en croyant ainsi honorer leurs ancètres, je penser qu’ils devraient considérer que, s’ils se sont tournés un jour vers ce dieu-là, ce n’est pas toujours sous la menace de saint olaf ou d’autres, mais qu’ils ont simplement fait ce libre choix qui, soudainement, illuminait leur destinée.

  3. Sylvestre dit :

    Tout à fait d’accord avec vous, Chilbaric, sur le catholicisme comme religion de nos ancêtres.
    Et il suffit de regarder, par exemple, toute l’histoire de l’art européen pour mesurer l’erreur des néo-païens voulant jeter par-dessus bord 2000 ans de « religion du désert » : vers quelles manifestations concrètes de notre héritage nous tournerions-nous, si tous les édifices, sculptures, peintures, œuvres musicales et récits chrétiens devaient disparaître sous le prétexte de retrouver une pseudo-« pureté » européenne ?

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