Le royalisme est-il identitaire ?

Le royalisme, un idéal politique vécu par romantisme culturel ou par traditionalisme, est-il plus identitaire que ne peut l’être la république ?

Buste de Louis XIV - par le Bernin (1665)

Ce n’est bien sûr pas le cas de toutes les formes de royalisme. On peut en distinguer au minimum deux visions.

La première n’attache (officiellement) que peu d’importance aux questions relatives à l’identité. C’est souvent celle que l’on retrouve chez les royalistes qui s’affichent publiquement dans les médias, que cela soit sincère ou non. S’exprimant simplement comme une alternative politique et organisationnelle, elle ne va, à la manière de la république actuelle, à priori pas (ou peu) se poser la question de l’identité, de l’immigration, etc., mais seulement requérir une certaine acceptation et un respect de codes, de valeurs officielles, ou autres. Comme une simple histoire de papiers.

Prince de Talmont

La chouannerie a pu ajouter une dimension romantique supplémentaire de défense des valeurs, de résistance et d’honneur (et  de froideur vis à vis de la république). Ici le Prince de Talmont, dans une représentation toute  noble et romantique.

La seconde, quant à elle, issue d’un royalisme plus nationaliste (majoritaire ?), est à mon sens plus identitaire (que cela soit consciemment vécu ou non). En tous cas, elle en possède bien des aspects. Régulièrement, d’ailleurs, nous pouvons observer des royalistes rejoignant les groupes identitaires ou  bien des identitaires se déclarant plutôt royalistes.

Il y a d’abord un aspect superficiel lié à une sensation de romantisme vis à vis de la monarchie, issue peut-être d’une certaine forme d’idéalisation des siècles de l’ancien régime (Grand Siècle, siècle des lumières, grands projets, mises en valeur de la culture, merveilles du style classique, élégance et raffinement, liens avec l’esprit chevaleresque du moyen-âge, aristocratie et noblesse d’épée…) et de la perpétuation d’une symbolique démonstrative qui cherche souvent à s’exprimer dans le beau et le noble. Cet aspect, mis en opposition avec la morosité des temps modernes que l’on peut en partie imputer à la république, engendre, en plus de nourrir le royalisme en général, quelques « conversions » au royalisme, par pur idéal romanesque et idéaliste (on pourrait parler d’un royalisme de cœur, tout théorique). Il s’agit là d’un aspect fortement empreint d’identité puisqu’en lien direct avec la culture issue du socle commun autochtone et à forte teneur symbolique.

Un autre aspect identitaire du royalisme est la notion de transmission. Le roi est roi toute sa vie durant et de plus transmet tant que possible le pouvoir à sa descendance avec une volonté réelle de continuité. Cette notion engendre forcément un aspect « ancestral » en ça qu’il y a transmission d’une oeuvre en cours, reprise du flambeau et continuité de l’oeuvre historique. Cet aspect de très long terme permet aussi la réalisation de grands projets, porteurs de tout un peuple et mettant en valeur la culture nationale, là où la république s’épuise tous les cinq ou sept ans en projets contradictoires de petite envergure et en avidités personnelles. Tout cela forme un aspect assez fondamental de l’identitarisme : la transmission ancestrale (à l’échelle de tout un peuple ici, le roi et ses réalisations en étant les symboles) ainsi que les grands projets porteurs des âmes, la mise en valeur de la culture autochtone pour elle-même et par rapport aux autres cultures et la perpétuation de rites et de coutumes constitutives d’une identité précise.

Jeanne d'ArcUn autre aspect encore, qui découle en partie des précédents, est une forme d’attachement charnel au pays et à la culture. Par charnel s’entend des notions françaises historiques, culturelles ou biologiques pouvant aller jusqu’à l’ethnicité. L’attachement à cette France (en l’occurrence) passe par des continuités qui sont intrinsèques à un peuple, comme un organe ou des cellules. Le catholicisme originel, par exemple, mais aussi l’histoire et les grands hommes, à majorité issus de la période monarchique ou pré-monarchique et forcément quasi-exclusivement constitués d’hommes et de femmes de type Européen de souche, c’est à dire, pour la France, d’origines celto-latines (*) et en majorité chrétiennes. Louis XV, Clovis, Jeanne d’Arc, De Gaulle, Vercingétorix, le paysan moyen et l’artisan du coin, tous sont issus de cette France-là. Et dans la logique de cette mystique nationale, à laquelle le citoyen désire se rattacher ou plutôt se rattache de fait (c’est son identité), on renoue avec la terre et les morts (comme dirait un Maurice Barrès). Chaque citoyen français a des ancêtres qui ont des ancêtres (que ce soit en partie ou totalement) liés historiquement et biologiquement aux événements et aux personnages de l’époque, aussi de même à leur culture, leurs traditions, leurs meurs, etc., par hérédité. Cet aspect est évidement éminemment identitaire. Même dans une frange non-raciste de l’identitarisme, il est impossible de faire fi du fait que ce qui a trait à l’ancestral et au civilisationnel finit toujours pas retourner à l’ethnique. Rien de fasciste ni de nauséabond là-dedans. Rien de tout cela, c’est juste humain.

(*) Les Germains sont inclus dans « celto » car à présent considérés très proches par les historiens (on parle de « semi-Celtes »), et « latin » inclut de fait l’héritage grec des latins.

Nous n’avons pas parlé d’un autre aspect qui nécessiterait plus de développements : la notion de chef, paternel et guide, plein de justice mais non dépourvu de fermeté, notion chère à la plupart des royalistes qu’il est possible de rapprocher d’une partie des identitaires, mais question qui reste tout de même plus compliquée. Nous pouvons aussi parler de l’idée d’une lutte contre certains aspects jugés néfastes de la modernité par un retour à la tradition, idée assez commune aux deux idéologies. Le sujet, que nous effleurons ici, reste ainsi encore largement à creuser en profondeur.

Ces différents aspects, perpétuation des rites et des symboles identitaires et identifiables, transmission ancestrale et héréditaire, grands projets d’un peuple, visages romantiques et culturels idéalisés, retour à la tradition, etc., laissent à penser que le royalisme pourrait être une vision étatique nettement plus identitaire que la république, et par ce fait moins neutre, moins morose et éventuellement plus engageante. Au point que bien des royalistes sont ou deviennent des identitaires et inversement.

Note : précisons que ces hypothèses ne concernent bien sûr pas ou seulement partiellement les monarchies de façade telles que celles que l’on rencontre actuellement au Royaume-Uni où, bien que perpétuant quelques traditions et symboles, celles-ci n’ont plus aucun pouvoir réel.

A.C.M

Parc St Germain en Laye - La Défense

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11 commentaires pour Le royalisme est-il identitaire ?

  1. Chilbaric dit :

    Le royalisme est-il identitaire ?
    ——
    Je veux mon neveu !
    Il l’est en général, dans le monde entier, parce qu’une royauté est généralement héréditaire, et que la famille royale est en quelque sorte la famille modèle, la famille totémique d’une nation : c’est bien tout ce qu’il reste en Scandinavie, de la royauté. En GB, il y a toutefois quelque chose de plus : le souverain britannique unit personnellement des peuples différents, y compris là où il n’est pas souverain.
    Mais en France, le royalisme est deux fois identitaire. Parce que outre ce premier aspect hyperboliquement représenté par la plus longue dynastie agnatique que la terre ait jamais portée, il y a cette circonstance que l’abolition de la royauté n’est pas une simple mise à l’écart d’un système de gouvernement, mais la volonté de renverser totalement et solennellement la fondation. .
    Le mot d’ordre la révolution, que je ne voyais autrefois que comme un simple mot, doit être pris au sérieux. Regénerer, c’est bien refaire les gens.
    A commencer par se débarasser officiellement de la tribu fondatrice, celle du fondateur et de ses suivants. La révolution est Frankophobe, comme chacun sait.
    C’est pourquoi la république (et napoléon III) ressort « nos ancètres les gaulois », sans se soucier du fait que l’ancestralité celtique est le lot commun de la plus grande partie de l’europe de l’Ouest, donc non spécifique, qu’il est difficile de dire celtique un peuple qui n’a ni langue, ni droit, ni (souvenir de sa) religion celtique, et surtout, que l’invocation finale de Vercingétroix, est le Voeu de la Défaite éclatante !
    Donc, nos ancêtres les gaulois n’était qu’une phase intermédiaire : la république n’en parle plus, parce que la chose a fait son oeuvre : justifier la guerre contre l’Allemagne, dernier rempart contre la révolution regénératrice, mais rempart de plus en plus hystérique, jusqu’à finir comme l’on sait.
    S’il est une chose très symbolique, c’est que le champion de la révolution, le César d’Ajjacctio, appartenait à une lignée berbère, et le savait !
    http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_haplogroups_of_notable_people#Napoleon
    La dernière phase de la révolution advient maintenant. La romanisation excessive convoît la stériliité maximale. L’antibiotique n’a que trop bien fonctionné.La France napoléonisée est à une seule génération de devenir Afrance, entraînant toute l’Europe dans sa chute.
    Marianne, qui est l’inversion satanique de Anne et de Marie, aura enfin dissous le Peuple de France, la dernière chose vivante qui restait du Royaume de Clovis.
    http://retromigration.wordpress.com/2013/09/06/issus-de-limmigration/
    .
    .

  2. Chilbaric dit :

    Note : précisons que ces hypothèses ne concernent bien sûr pas ou seulement partiellement les monarchies de façade telles que celles que l’on rencontre actuellement au Royaume-Uni où, bien que perpétuant quelques traditions et symboles, celles-ci n’ont plus aucun pouvoir réel.
    ——–
    Les Romains et les Athéniens conservèrent respectivement deux simulacres de la royauté, après l’avoir abolie : le rex sacrorum pour les uns et l’archonte-roi (basilus) pour les autres.
    ça laisse songeur …
    La difficulté est de trouver la « place du roi ».

  3. Chilbaric dit :

    Même dans une frange non-raciste de l’identitarisme, il est impossible de faire fi du fait que ce qui a trait à l’ancestral et au civilisationnel finit toujours pas retourner à l’ethnique.
    ———–
    Un raciste ne voit dans les Gens que leurs gênes. La personne ne compte pas. On numérote les « saigneurs » exactement comme ceux qu’ils saignent. On tatoue les bourreaux et les victimes qui ne comptent que comme pions dans la « lutte des races ».
    Au contraire, jamais un traditionaliste n’aurait pu inventer le Lebensborn, qui organise, entre autres crimes, un mensonge massif sur la filiation : ce ne sont pas les gênes qui comptent pour un traditionaliste, mais l’arbre des ancêtres, qui sont tout autand de personnes liées de proches en proches, en tant que personnes, à « égo », et qui incarne l’alliance des Gens, laquelle donne à chaque occurrence Père et Mère à chaque personne (une fratrie de personne, plus exactement).
    Dans ce cadre, un peuple « parfait », est celui où ce sont les mêmes Gens qui tournent dans l’arbre des ancêtres de ses membres. Appartenir au même peuple, c’est bien avoir les mêmes ancêtres ( mais pas au même endroit de l’arbre), non pas en remontant à Adam et Eve, mais bien avant. .
    Tel est bien exactement la définition du Peuple Romain, comme alliance intime de trois tribus, dont deux au moins étaient distance de la troisième.
    Une « nation » – pour employer ce mot déficient – est une collection (Co-élection) de Gens séparés des autres par une (certaine) frontière et unis dans la chair préférentiellement (un certain degré d’endogamie).
    .

  4. Chilbaric dit :

    Deux tribus (ou trois) qui ne s’échangeraient jamais leurs femmes (pour reprendre cette délicate) expression, n’appartiennent pas à la même nation, puisque, justement , dans un tel système, chacun naît uniquement de sa tribu.

    • Chilbaric, c’est décidément toujours un vrai plaisir de lire vos différents témoignages (comme votre blog d’ailleurs). J’aimerais pouvoir ne serait-ce que vous arriver à la cheville sur certains sujets !

  5. Autochtone dit :

    Les conférences de l’action Française sont intéressantes,
    http://www.youtube.com/channel/UCgYqaZrPyWNEIEKOESjc8IA/videos
    Une vision du monde radicalement différente, bien plus identitaire que notre système même si ils abordent ça de loin.
    Le royalisme est identitaire, le simple fait de donner un « père » aux Français, qui lui même a tout ses ancêtres ici, une vision sur le long terme, une continuité historique, pas de division à chaque élections etc..
    Ils avaient fait un sondage sur Fdesouche à une époque, la majorité déclarait préférer un Roi.
    D’après un sondage, 20% des Français seraient prêts à voter pour un parti royaliste,
    http://www.economiematin.fr/ecoquick/item/3006-louis-xx-roi-france-politique
    Il y a deux prétendants issus de deux familles pour la monarchie.
    Il y a certains mouvements, les vidéos du controversé Franck Abed ou encore Lorànt Deutsch qui énerve l’anti-France actuellement, c’est bien car ça met l’idée royaliste sur le devant de la scène, lui même défend une certaine vision identitaire.

  6. Chilbaric dit :

    Quand j’étais plus jeune, je m’inventais toute sortes de bonnes raisons d’écarter les Bourbon-Anjou au profit des Bourbon-Orléans. Je connaissais bien le dilemne juridique. Mais j’ai laissé reposer la chose, J’ai fait mon mea-culpa, sans y penser : je me suis levé un matin « légitimiste purifié », et en réalité, aussi, « pur identitaire » par la même occasion.
    Si, dans le monde entier, il existe un homme qui porte le chromosome Y de Robert le Fort et de Hugues Capet, et qu’il est l’aîné de la branche dextre vivante de l’arbre capétien, je ne vois aucune raison de l’écarter pour étrangeté. Un Capétien serait étranger à la France ! C’est un cauchemar que t’entendre ça ! C’est du « maurassisme intégral », pour tout dire, que de traiter de « métèque », un prince des lys qui n’a pas trouvé un drapeau tricolore dans son berceau, mais un drapeau sang et or. C’est de la « réaction française », ce mélange de germano-xenophobie et de christianisme d’intendance, soit deux choses qui répugnent radicalement au Pacte de Reims !
    Si jamais l’aîné n’avait pas la citoyenneté française, dont on rappelle que c’est celle de la république, il suffirait qu’il prête le serment du royaume pour devenir français. Et du reste, on se fiche bien que Louis n »ait en réalité hérité de sa « citoyenneté française » que par la mère de son père. Parce que toutes ces « conneries » ne tiennent pas la route une seconde contre la réalité de son arbre généalogique.
    Le seul hic, est qu’il faudra enfin prouver son appartenance à cet arbre, suite au double maraboutage qu’a subi la branche issue (ou pas issue) de Charles IV, ce qui peut se faire se faire en une demi-heure. Et ce que Jeanne d’Arc fit pour Charles VII, le test ADN le fera pour Louis XX – ou non. La légitimité est suspendue, aujourd’hui, à la prophétie d’un tube à essai.
    C’est la vie ! …..
    Mais au passage, l’échec de cet épreuve n’amènera pas un Orléans sur le trône, vu que les Bourbon-Parme ont réussi le test, et qu’ils viennent avant eux dans l’arbre des Capétiens….

    • J’ai beaucoup apprécié ( moi aussi) vos analyses et je confirme – mais il n’en est nul besoin- que Louis XX est bien l’aîné visible des Bourbons… Quant à être l’aîné salique, c’est le secret de Dieu.

  7. Chilbaric dit :

    Le royalisme est identitaire, le simple fait de donner un « père » aux Français
    ——–
    Je me permet cette correction, que je crois importante : l’oint du seigneur n’est pas le Père, mais le Fils par excellence, et en l’espèce le fils aîné.
    Vous allez me dire : ce ne sont que des mots, et que la paternité veut simplement dire ici : une bienveillance familiale, comme celle du chef de famille.
    Mais d’un strict point de vue symbolique, le Père du Royaume est celui qui l’a sorti du néant, et un seul roi correspondant à cette spécification : Clovis.
    Le roi n’est pas le père de ses sujets, mais leur juge souverain. Sa figure n’est pas celle de Jacob, mais celle de David et Salomon. David, parce que ce n’est qu’un enfant que le Prophète vient chercher pour l’oindre de l’Esprit ; Salomon, parce qu’il est le symbole du jugement difficile mené à bien..
    Donc, selon moi, si l’on dit « père », c’est simplement pour écarter la figure du tyran. C’est ainsi que l’on donne à Louis XII le titre de « père du peuple », parce qu’il diminue les impôts. Mais il ne faut pas, selon moi, que cela aille plus loin. Parce que sinon, on finit par se retrouver avec un « petit père des peuples », chose infentilisante qui ne peut que répugner à un Français. .

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