Patrimoine… Tant chéri et pourtant menacé.

Le Patrimoine…

Destruction église d'Abbeville

Destruction de l’église d’Abbeville

Matériel ou immatériel, culturel ou technique, artistique ou folklorique, le patrimoine, reposant çà et là au gré des paysages, vêt la France de son histoire. Ainsi parée, elle se raconte, en parlant de ses pères à ses enfants, transcende le passé en présent et inspire le futur, envoûte l’étranger souhaitant lire la France sur les traits de son visage.

Une histoire qui nous parle de ces Hommes, façonnés par les paysages puis les façonnant en retour, interprètes de cette pièce historique, acteurs fusionnant bientôt en une identité naissante.

Le patrimoine est une illustration. Il est l’illustration de ce que nous sommes, de ce qui constitue notre héritage, il est comme un des chromosomes de notre culture et de notre identité… Il est ce livre d’images grand ouvert qui raconte, à travers quelques fresques et gravures, les talents, les songes et les particularités de nos anciens créateurs, des petites gens aux grands seigneurs, tous sont constitutifs d’un même dessin et d’un semblable destin.

L’identitaire a, par définition, un attachement viscéral pour le patrimoine doublé d’un véritable instinct protecteur, comme on peut l’avoir à la fois d’un vieil homme et d’un enfant, avec une fierté de cœur mêlée d’un respect immémorial. L’identitaire sait et sent que le patrimoine est comme un organe vital en chaque habitant historique d’un pays, en chaque individu d’un peuple et d’une identité, aussi en mesure-t-il aussi l’importance pour les autres peuples. C’est un des piliers, un des repères, un des attachements humains protégeant de la tourmente identitaire. Aussi l’affliction naît-elle des menaces et des saccages qui pleuvent sur une partie du patrimoine d’ici ou d’ailleurs.

Un patrimoine parfois menacé

Commune - Paris brule

Paris brûle lors de la Commune en 1871…

Il n’y a rien de nouveau dans le fait que des monuments, des oeuvres, des traditions, etc., disparaissent, détruites, oubliées ou remplacées, et ce dans le monde entier. Rien n’empêche cependant de tenter d’enrayer une partie de ces destructions, en recherchant les causes et en apportant des solutions lorsque c’est possible. Les Hommes sont plus prompts qu’on ne l’imagine à ce dessein : ainsi, lorsque vous demandez aux habitants d’un village, celui-ci se manifestera majoritairement contre une destruction de leur église, qu’il s’agisse du croyant ou de l’incroyant, et une partie des habitants s’unira parfois pour aider, financièrement, politiquement ou bénévolement, à repousser cette cruelle échéance. Plusieurs référendums aboutirent même au choix d’investir les impôts locaux dans la restauration du monument. Nombreux sont aussi les bénévoles qui ressuscitent de vieilles ruines disparues sous les ans et les végétaux, pour leur plaisir et parce que ça réveille leur passé et donc une partie de ce qu’ils sont.

Incendie chateau Luneville

Incendie du château de Lunéville en 2003

Bien du patrimoine est en danger actuellement ou a récemment été détruit. Le nombre d’églises qui en France sont soumises à un projet de démolition est plus important qu’on ne le croit, et d’une manière générale, 30.000 monuments sont menacés en France, chiffre qu’il s’agit de connaître ! Un autre phénomène sournois et terrifiant agit en France depuis les années 90 (et qui n’est pas sans rappeler la « bande noire » de la révolution) : des investisseurs rachètent de vieilles bâtisses, châteaux, etc., puis les désossent entièrement, du mobilier aux lambris et jusqu’aux cheminées, pour en revendre les parties à l’étranger en tant que « cheminées Louis XIV », « parquets Versailles » et autres « guéridons empire », avant de laisser le bâtiment fantôme à l’abandon. Du point de vue des monuments, c’est comme ces chasseurs/éleveurs chinois qui attrapent les animaux vivants pour en arracher la fourrure et les laisser agoniser sur le sol, écorchés vifs… Certes, la France, ce sont des centaines de milliers voir des millions de monuments, 10.000 ou 20.000 de moins ne ferait pas un cratère béant sur le visage de notre territoire historique, mais il s’agit tout de même d’une perte irrévocable, et par définition inestimable, loin du consommable ou des lois du marché, du remplaçable, du rachetable, etc. Il s’agit de parts uniques d’un peuple qui, si elles disparaissent, font perdre une partie de ce qu’étaient et de ce que sont les Hommes. Le phénomène agit de même, plus fortement encore, dans des pays tout autant pourvus en monuments et aux difficultés financières supérieures : ainsi en Grèce et en Italie notamment la perte des monuments historiques est nettement plus étendue et représente une catastrophe bien plus terrible encore.

Destruction Bouddhas geants Afghanistan

Destruction des Bouddhas geants vieux de 1500 ans par les Talibans en Afghanistan

Un des autres phénomènes les plus délétères vis à vis du patrimoine, outre les guerres, est l’arrivée d’une culture trop différente (c’est à dire même dans ses fondements). Ainsi les Bouddhas géants de Bâmiyân en Afghanistan, datant de plus de 1500 ans et classés à l’Unesco, ont récemment été détruits (vers 2001) par les talibans parce qu’en Islam la représentation humaine est formellement interdite (des fondements culturels différents, donc), en plus de transporter des idéologies particulièrement violentes et conquérantes. Ainsi, de même, en a-il été du sort d’une partie des monuments de Tombouctou (classés à l’Unesco là aussi pour tenter vainement de les préserver), détruits par les islamistes, alors même qu’il s’agit d’un des principaux trésors de l’Afrique. Actuellement, à la suite des révolutions arabes, de nombreux sites, villages et églises datant parfois de périodes presque contemporaines au Christ et dont les habitants parlent parfois encore l’araméen sont menacées de destruction ou détruits (on pensera entre autres à Maaloula en Syrie mais les exemples sont nombreux).

On pensera aussi à la tristesse monstrueuse de la fameuse destruction des œuvres d’art volées par quelques crapules roms, une perte irrémédiable et inestimable pour le patrimoine et le génie européen et humain en général.

Le paradoxe des appropriations culturelles

Le Sphinx de Gizeh et la pyramide de Kheops

Le Sphinx de Gizeh et la pyramide de Kheops

Un phénomène intéressant et plus original a aussi souvent lieu au cours de l’histoire : ce que j’appellerai l’appropriation culturelle ou patrimoniale, suivie d’une revendication d’héritage historique. J’entends par là les peuples ou civilisations conquérantes qui, s’étant approprié un territoire, revendiquent quelques siècles ou millénaires plus tard être les dignes héritiers du patrimoine culturel et identitaire d’un pays. Ça fait sourire et c’est moins grave que la destruction (quoique le phénomène soit assez souvent accompagné de destructions), mais il serait parfois bon tout de même de remettre les pendules à l’heure sur un certain nombre de cas. Ainsi par exemple, une partie des égyptiens (pas les plus musulmans qui pour certains souhaitent leur destruction) ainsi qu’une majorité des noirs africains, revendiquent l’héritage des pyramides et de la vallée des rois, alors que les vrais égyptiens, véritables descendants de l’Égypte ancienne, ne seraient autres que les derniers coptes vivants (Copte signifiant d’ailleurs Égyptien), qui ne sont d’ailleurs pas protégés le moins du monde tandis qu’ils sont toujours plus persécutés et menacés de disparition. On pensera de même aux peuples musulmans qui s’approprient les anciens sites Babyloniens ou de la Perse antique d’Iran, ou encore ceux qui s’approprient l’ancienne Anatolie préhellénique et l’ancien empire Byzantin (Turquie actuelle), avec pour symbole Constantinople (actuelle Istanbul) et la grandiose et vénérable basilique Sainte Sophie un temps reconvertie en mosquée, et revendiquent parfois tout cela comme leur passé ancestral alors qu’il est parfois sans lien logique sinon celui de l’appropriation. Nombreux sont les exemples car assez nombreuses furent les invasions et les appropriations, certaines ayant abouti à une stabilisation (un peuple reste sur le territoire et s’approprie un patrimoine) ou à une disparition (un peuple envahisseur se retire d’une zone et laisse des monuments que les autochtones s’approprient, comme les monuments romains autour de la méditerranée).

Bref, outre ces considérations, l’important est de protéger ce qu’il reste de patrimoine, où que ce soit, dans la limite du potentiel humain et de la volonté des peuples (sachant que les deux sont modulables, au moins un peu), afin que l’on cesse de s’arracher des morceaux de cette identité palpable, de cette portion vitale de l’âme des Hommes dont on sait que les racines sont un besoin vital.

A.C.M

« L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. » Simone Weil (philosophe)

Voir aussi :

Liste du patrimoine en péril de l’Unesco
Monuments principaux menacés selon le World Monuments Fund
Patrimoine sans frontières (défense et protection du patrimoine menacé)
Liste (non exhaustive) des monuments détruits de France (Wikipédia)
Inventaire des églises menacées ou détruits récemment
Une vague de démolitions d’églises menace le patrimoine (Le Point)
Images de France
Chute de l’Europe, chute de Rome… bis repetita ?
Bombardement de la Cathédrale de Reims durant la seconde guerre mondiale

Bombardement de la Cathédrale de Reims durant la seconde guerre mondiale

 
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