De l’assimilation à l’intégration, puis de l’intégration à plus rien

Charles Aznavour

« Je suis devenu français d’abord dans ma tête, dans mon cœur, dans ma manière d’être, dans ma langue. Je suis devenu français. C’est-à-dire que j’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français. Il faut le faire ou il faut partir. »

  «Ils sont devenus français». Oui, bien des hommes au cours de l’histoire sont devenus français. Et une partie de ces hommes et de ces femmes sont entrés au panthéon national, sont même pour certains érigés comme une partie intégrante de l’identité française. En disant cela je pense par exemple au grand Charles Aznavour, amoureux et bienfaiteur de la langue française, au célèbre Coluche, porté dans le cœur de nombreux français, où à une certaine Marie Curie… A ces hommes qui sont si français et qui possèdent en fait des origines extérieures à la France. Ici le principe de l’assimilation semble couler de source, fonctionner à la perfection. Ce principe s’est pourtant effondré au cours des années 1960-70. A partir de cette époque, la logique d’assimilation s’est vue remplacée par une simple volonté d’intégration, c’est à dire une simple nécessité de respect suffisant des lois, de la langue, des habitudes du pays, en ne faisant corps avec celui-ci pratiquement qu’économiquement et pénalement, superficiellement. Puis même cette intégration disparaît.

Il y a plusieurs raisons évidentes à ce phénomène, en particulier un changement dans la nature de l’immigration. Comme chacun sait, au cours des années 60-70 l’immigration s’est rapidement amplifiée, jusqu’à devenir massive, et l’origine des migrants s’est elle aussi modifiée, puisqu’il s’est soudain agit quasi-exclusivement d’une immigration extra-européenne, originaire d’Afrique (notamment) et d’Asie, important une culture diamétralement opposée, nouvelle jusque dans ses fondements, alors que jusqu’à maintenant étaient partagées des racines à la fois européennes et chrétiennes (millénaires). Ces racines, partagées par l’arrivant et par l’accueillant, permettaient non seulement une assimilation plus aisée mais aussi un échange, un partage culturel plus aisé lui aussi,  plutôt qu’une opposition. C’est ainsi que l’on pouvait parler d’apport culturel. Le nouveau venu devenait français en adaptant la surface de son identité et tout en partageant d’avance d’identiques aspects fondamentaux. De petites différences moindres et plus simples à apprivoiser, offrant d’autant plus de compatibilités, et de même plus respectueuses de la culture locale.

A cette époque, avant l’immigration massive, les immigrés, issus d’arrivés très ponctuelles (et d’origines culturellement proches), s’assimilaient par défaut et par définition à leur terre d’accueil. Ils l’adoptaient et s’y fondaient. Par exemple, depuis des siècles, ou depuis toujours, l’immigré européen francisait son nom (c’était la loi) : Charles Aznavour, d’origine arménienne, s’appelait en fait à l’origine Chahnourh Aznavourian, et Coluche (nom de scène), d’origine italienne, Michel Colucci. Ces deux exemples illustrent bien un phénomène qui auparavant coulait de source. Franciser son nom permettait une assimilation réelle, tout en évitant de faire table rase de ses origines.

Au cours de ces années on note aussi des arrivés ponctuelles d’immigrés culturellement plus éloignés, mais qui ont pourtant réussi une assimilation, ceci étant favorisé justement par cette ponctualité ainsi que par le fait que les premiers arrivants, souvent seuls, étaient potentiellement portés par une volonté plus affirmée de faire partie de la France. Il est important de ne pas nier leur existence bien qu’il s’agisse d’un phénomène aujourd’hui assez rare (statistiquement).

Durant les années 1970, la loi sur la francisation du nom a disparu : il n’y avait plus d’obligation à ce sujet. (L’exemple de la francisation du nom est seulement un exemple, mais il illustre assez bien le glissement de l’assimilation vers l’intégration qui touche bien sûr des aspects socioculturels plus larges.) Il n’est plus fondamentalement demandé aux immigrés de s’assimiler mais seulement de s’intégrer, et ceci pour des raisons simples : c’est totalement inapplicable à l’échelle de millions de personnes qui, en plus de leur nombre et donc de leur tendance à conserver leurs us et coutumes, y sont beaucoup plus difficilement réceptifs. Quoi qu’on en dise, bien rares seront les maghrébins et les africains, entourés de leurs familles, à imaginer transformer leur nom pour un Michel Quelconque ou autre Jean-Jacques Machin, qui non seulement leur est culturellement diamétralement opposé mais qui en plus, comme bien souvent, transformerait un nom d’origine musulmane vers un nom chrétien ! A ce sujet, il est aussi possible aujourd’hui, au pire, de donner des noms païens à ces enfants, ce qui n’est pas spécialement effectué non plus par les immigrés (quoique un peu plus, ou avec des noms anglophones), car la tradition d’origine reste la plus forte. Ce phénomène culturel est totalement naturel, totalement humain. Il s’explique de manière logique et se comprend de manière évidente. Dans un contexte identique, tout un chacun serait probablement poussé à un comportement similaire. C’est fondamentalement humain, et c’est fondamentalement ce qui le rend inattaquable d’une part, et totalement incompatible avec une réelle assimilation, dorénavant enterrée, d’autre part.

Pire, le phénomène de glissement se poursuit aujourd’hui et l’intégration elle-même est en passe de devenir un fantôme. Il n’est presque plus rien demandé aux immigrés, qui parfois ne parlent plus qu’à peine la langue française, vivent dans des communautés exclusives, recherchent seulement à vivre « comme au pays » (mais en étant plus riches), revendiquant même des aménagements de territoires, des modifications de la loi et de l’expression de la loi, de l’enseignement, de l’histoire, de la culture du pays d’arrivé, leurs communautés devenant chaque année plus puissantes. Nous sommes bien loin du partage et de l’apport culturel. Aujourd’hui, c’est la France qui se contorsionne pour s’adapter, qui s’aménage, se modifie et parfois se renie. Et comme chez un enfant gâté, ce phénomène ne peut aller qu’en s’amplifiant, de sollicitations nouvelles en aménagements nouveaux, de revendications plus fortes en accommodements supplémentaires. Le tout sur fond de culpabilisation, de punition par l’image et par la rue, d’accusations de racisme gaulois, ce au moindre ralentissement des réponses aux revendications. Ne s’agit-il pas là d’un glissement plutôt impressionnant en quelques décennies… ?

A.C.M

Ecole années 50

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5 commentaires pour De l’assimilation à l’intégration, puis de l’intégration à plus rien

  1. Koln dit :

    Je ne veux pas Qu ils s assimilent , tout ça me vas, je veux Qu ils degagent

  2. Lucie dit :

    Juste une remarque sur Coluche : le citer comme exemple à côté d’Aznavour est une erreur, car il était français, né en France d’un père italien et d’une mère française (d’où son prénom français). Il a conservé le patronyme de son père et « Coluche » est un nom de scène qui n’a rien à voir avec une francisation. Sinon, j’adhère complètement au reste de l’article, et à l’ensemble du blog.
    Bonne route !

  3. esclarmonde04 dit :

    Les immigrés qui arrivaient il y a quarante, cinquante ans ou plus trouvait un pays aux traditions culinaires, littéraires, religieuses, artistiques, etc… très ancrés. Ils avaient un repère et pouvait donc plus facilement s’intégrer. Dans un pays aux contours culturels flous voire inexistants, que signifie l’intégration ?
    Et évidemment, tout cela n’est pas facilité par des démagogues qui les poussent à vivre repliés sur eux-même ! Les ancêtres de Coluche et d’Aznavour n’avaient pas connu ça…

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